Les sportifs peuvent être contrôlés à tout moment, en tout lieu et sans préavis.

4 August 2026Antidopage, News ALIS
Les sportifs peuvent être contrôlés à tout moment, en tout lieu et sans préavis.
Entretien avec Guillaume Zekri, Responsable Antidopage à l’ALIS, réalisé par Massimo Cristallo, Responsable Éducation & Communication.

Les contrôles antidopage effectués de nuit lors du dernier Tour de France ont suscité de nombreuses réactions. Pour certains, ils sont indispensables afin de protéger un sport propre ; pour d’autres, ils représentent une atteinte à la vie privée des sportifs. Mais que prévoient réellement les règles internationales ? Dans quelles situations de tels contrôles sont-ils autorisés ? Et où se situe l’équilibre entre efficacité et respect des droits des athlètes ?

Massimo Cristallo : Guillaume, dès qu’on parle de cyclisme, le dopage revient presque systématiquement dans les discussions. Cette réputation est-elle encore justifiée aujourd’hui ?

Guillaume Zekri : Le cyclisme porte effectivement un héritage historique qui explique en partie cette perception. Mais il est important de ne pas rester prisonnier du passé. Aujourd’hui, toutes les disciplines sportives sont soumises aux mêmes principes du Code mondial antidopage et aux Standards internationaux. Les stratégies de contrôle reposent sur une analyse des risques, pas sur la réputation d’un sport.

Massimo Cristallo : Les contrôles réalisés en pleine nuit ont surpris beaucoup de monde. Pourquoi réveiller un sportif à deux ou cinq heures du matin ?

Guillaume Zekri : Parce que certaines substances ou méthodes interdites ne peuvent être détectées que pendant une période très courte. C’est notamment le cas de certaines formes de microdosage à l’EPO ou de certaines hormones de croissance. Lorsque les circonstances le justifient, un contrôle nocturne peut être le seul moyen de préserver l’efficacité du système antidopage.

« Le Code mondial antidopage prévoit que les sportifs peuvent être contrôlés à tout moment, en tout lieu et sans préavis. »

Massimo Cristallo : Beaucoup ont pensé que Tadej Pogačar et Jonas Vingegaard avaient été ciblés uniquement parce qu’ils dominaient le Tour de France. Est-ce vraiment aussi simple ?

Guillaume Zekri : Absolument pas. Gagner des compétitions ne constitue jamais, à lui seul, un motif pour organiser un contrôle nocturne. Ces contrôles sont des mesures exceptionnelles qui doivent reposer sur des éléments objectifs ou des informations précises. Ils ne sont jamais décidés au hasard.

Massimo Cristallo : Certains internautes ont même parlé d’une « chasse aux sorcières ». Est-ce que la lutte contre le dopage peut parfois aller trop loin ?

Guillaume Zekri : Toute la difficulté consiste justement à trouver le bon équilibre. D’un côté, il faut protéger les sportifs propres et garantir l’équité des compétitions. De l’autre, il est essentiel de respecter les droits fondamentaux des athlètes. Les Standards internationaux reconnaissent d’ailleurs que les contrôles effectués pendant les heures habituelles de sommeil constituent une atteinte importante à la vie privée. C’est précisément pour cette raison qu’ils sont strictement encadrés et restent extrêmement rares.

Massimo Cristallo : Finalement, les meilleurs sportifs sont-ils contrôlés plus souvent que les autres ?

Guillaume Zekri : Les sportifs de très haut niveau participent généralement à davantage de compétitions internationales et sont donc plus susceptibles d’être contrôlés. Mais aujourd’hui, notre objectif n’est plus de réaliser le plus grand nombre de contrôles possible. Nous privilégions une approche qualitative : effectuer le bon contrôle, sur le bon sportif, au bon moment.

« Nous ne contrôlons pas les sportifs parce que nous les considérons comme des tricheurs. Nous les contrôlons pour protéger les sportifs propres et préserver l’intégrité du sport. »

Massimo Cristallo : Pourquoi les organisations antidopage n’expliquent-elles pas aux sportifs les raisons précises d’un contrôle ? Cela éviterait pourtant bien des spéculations…

Guillaume Zekri : C’est une question qui revient souvent. Si les organisations antidopage révélaient systématiquement les informations ou les éléments ayant conduit à un contrôle, cela compromettrait l’efficacité des programmes de contrôle et pourrait permettre à certains de contourner le système. Une partie de ces informations doit donc rester confidentielle afin de préserver l’intégrité du dispositif.

Massimo Cristallo : A-t-on déjà réalisé ce type de contrôle nocturne au Luxembourg ?

Guillaume Zekri : Non. Jusqu’à présent, aucune situation n’a nécessité une telle mesure. C’est évidemment une bonne nouvelle. Notre objectif n’est jamais de mettre en œuvre des contrôles exceptionnels pour le principe, mais d’adapter notre stratégie aux risques réellement identifiés.

Massimo Cristallo : Si tu devais résumer la philosophie de la lutte antidopage en une seule phrase, laquelle choisirais-tu ?

Guillaume Zekri : Nous ne contrôlons pas les sportifs parce que nous les considérons comme des tricheurs. Nous les contrôlons parce qu’ils évoluent dans un environnement où le risque existe. La mission de l’antidopage est avant tout de protéger les sportifs propres, de préserver l’équité des compétitions et de renforcer la confiance du public dans le sport.

En conclusion

Merci Guillaume pour ton temps et pour avoir répondu, sans détour, aux questions que beaucoup se posaient après le Tour de France.

À l’ALIS, nous sommes convaincus qu’une lutte antidopage efficace passe aussi par une information claire et transparente.
Derrière chaque contrôle se trouvent des règles internationales, des données scientifiques et une stratégie soigneusement élaborée. Les contrôles nocturnes restent des mesures exceptionnelles, strictement encadrées, qui illustrent un principe essentiel : protéger l’intégrité du sport tout en respectant les droits des sportifs.

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